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La leçon de Mrs Peregrine : du courage, nos coeurs ont besoin de courage

Comment passe-t-on de l'évocation de "Mrs Peregrine" à une conclusion sur le courage ?

Peut-être qu'il faut regarder ce film avec une enfant de 11 ans pour qu'elle éclaire pour vous de son oeil neuf, les angles morts et les plis sombres. Je ne sais pas.

J'ai vu en tout cas une résonnance très forte entre cette oeuvre et une partie de notre situation actuelle - pas seulement parce que "la jeunesse" (ce concept usité seulement par les vieux vampires qui se meurent et dont je fais déjà partie) est au coeur des sujets, mais aussi parce que la conclusion entre Jake et Emma m'a semblé lumineuse:

Mieux vaut transmettre le COURAGE de se battre et d'affronter les moments durs, pénibles, dangereux, que prétendre apporter la SÉCURITÉ en niant l'essentielle accidentalité de la vie et sa brutalité inhérente.

Ceux qui offrent la sécurité offrent une forme de mort (et personnellement, ce n'est pas la mort dont je souhaite mourir). Ceux qui souhaitent le courage nous gardent en prise avec le désir et le possible.

Si nous préférons la promesse (au demeurant absolument intenable et nécessairement destinée à être trahie) de la sécurité à celle du courage, c'est que nous sommes déjà crevés et nous ne méritons plus que d'être enterrés.

Il est donc absolument normal que ceux qui nous succèdent aient hâte de le faire.

Plus nous sentirons le cadavre et plus "la jeunesse" voudra nous enterrer; et elle aura raison.

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Réflexions sur le syndicalisme en général et en particulier dans la profession d'avocat.

La question de fond est à qui s'adresse le syndicalisme et à quoi sert-il en France en 2016?

Le syndicalisme s'adresse d'abord aux membres d'un même corps, d'une même profession, d'une même branche.

Son but est d'unir le plus grand nombre possible des travailleurs de cette branche partageant les mêmes conditions de travail et évoluant plus ou moins dans le même milieu socio-professionnel afin que, nombreux, à la fois nos débats soient plus vastes et plus riches, et que aussi, nous soyons mieux représentatifs, mieux écoutés et que nos prises de position soient plus respectées.

La question de la temporalité est prégnante: serons-nombreux maintenant sur de mauvaises bases ou serons-nous nombreux un peu plus tard sur de bonnes bases? En d'autres termes, quand faut-il avoir raison? Trop tôt ? ou trop tard? Et pour quoi faire? La question du "kairos" est celle que se sont posé tous les mouvements de résistance, toutes les organisations syndicales, et certains syndicats, en plus d'être un syndicat, sont un mouvement de  résistance.


Faut-il "donner  à nos semblables" ce qu'ils pensent désirer ici et maintenant? Ou faut-il tracer des perspectives et découvrir des horizons, quitte à ce que nos semblables ne comprennent qu'un peu plus tard que nous fîmes bien de porter la "parole contraire"?
Évidemment le risque sous-jacent est toujours de s'enfermer dans une attitude minoritaire qui ne peut pas devenir majoritaire, une attitude sectaire d'une "avant-garde autoproclamée", une posture stérile qui refuse la remise en question. Mais je crois que notre démocratie interne et notre très grande liberté d'expression nous préservent de cela.
Pas d'avant-gardisme sectaire donc, mais une quête de ce qui est juste à dire et à faire, même si nous sommes sur ce moment, ici ou là, minoritaires (et encore faudrait-il qu'on puisse vraiment vérifier si nous le sommes et savoir si nos élections sont seules à même de vérifier ce point!).
 
La boussole du juste est importante. Celle de la rébellion également.  Longtemps, ce fut l'ADN de la profession que d'être rétive à la "domestication" par le Pouvoir. Or, la transmission de cet ADN se fait de moins en moins bien pour diverses raisons. Comment lutter?

Entre ici en jeu un deuxième élément. Les corps constitués, le pouvoir institué. Auxquels aussi, nous avons vocation sinon à nous confronter, du moins à nous adresser.
Je crois que notre positionnement par rapport à eux ne peut pas être juste si nous ne prenons pas en compte l'univers dans lequel nous évoluons depuis 20 ans et si nous ne faisons pas le constat d'un certain "passéisme".

Oui fut un temps où les syndicats pesaient, étaient écoutés, où on recherchait leur accord sur des projets. Que ce soit dans notre profession ou chez les salariés.
Mais il faut se rendre à l'évidence, ce temps, hérité de luttes historiques et sociologiquement marquées, est révolu.

Aujourd'hui, c'est un fait, seuls sont reçus et écoutés ceux qui peuvent servir de faire-valoir à un gouvernement godillot des multinationales et du libéralisme.

Et encore ne sont-ils entendus que pour apporter des modifications marginales au projet initial. Dont acte.

La lutte des classe bat son plein à nouveau et nous sommes dans une espèce de reflux (mais bientôt, si nous continuons à lutter, j'en suis certaine, car c'est un fait historique de la lutte, le flux, à nouveau, si nous ne lâchons pas).
Et l'idéologie dominante est celle de la classe dominante.

Ce que je veux dire par là, c'est que dans nos temps "ultra-modernes", c'en est fini de certains "acquis syndicaux" à l'égard de ces pouvoirs. De toute manière, que nous soyons 100 ou 100.000, ils n'écoutent plus, ils ne respectent plus. Le consens de relative collaboration de classe hérité de l'après seconde guerre mondiale est rompu. C'est fini.
Le traitement politico-médiatique de la manifestation extraordinaire d'hier le montre assez, si besoin était.

Or dans cette lutte des classes terrible, nous, avocats, avons toujours eu un rôle et une place particulière. En tant que "corps constitué" , en tant que représentants d'une défense libre contre un Etat qui se durcit, en tant que "prescripteurs idéologiques", en tant que pouvoir économique et social....et bien-sûr en tant que catégorie socio-professionnelle représentant une partie de la "petite-bourgeoisie", couche sociale-pivot de tous les tournants politiques du capitalisme.

La question qui se pose donc est aussi de savoir si le fait de ne pas être entendus ne tient qu'à nous ou si il tient aussi à d'autres éléments sur lesquels nous n'avons pas barre (pour l'instant) et qui s'imposent à nous?
Je crois qu'actuellement, une grande part de notre relative "invisibilité" ne tient pas à nous mais au contexte, à la conjoncture.

Ce gouvernement (d'autres avant lui dont il est héritier) est autiste parce qu'il a actuellement, pense-t-il, le pouvoir de l'être. Le Parlement est inexistant comme force d'opposition, les grands médias sont intoxiqués/intoxiquants, bref, le camp libéral se bat avec l'énergie du dernier désespoir pour nous "faire la peau" avant que la vague revienne, encore grossie de nouveaux éléments de lutte.

Sans doute aussi devons-nous nous remettre en question sur différents sujets: sommes-nous assez présents sur le terrain des conditions de vie et de travail de l'avocat du 21ème siècle? Prenons-nous assez à charge les difficultés et les perspectives de nos jeunes confrères? Des moins jeunes?  Sommes-nous également suffisamment "en pointe" sur ce que doit être aussi le syndicalisme aujourd'hui pour rassembler plus? Des questions plus "terre à terre" certes mais que nous devons nous poser aussi et qui ont aussi un impact sur notre représentativité.

Ce qui est certain en tout cas c'est que nous traversons toutes et tous une période historique très particulière (une période qu'en d'autres temps, des Marx, Poulantzas, Bourdieu ou Foucault auraient trouvé sans doute à qualifier et à expliciter publiquement, mais....)  et que plus que jamais nos débats libres et fraternels, même si parfois "piquants" ou "abrupts", sont une de nos armes.

En conclusion de ce billet, je dirais qu'il ne faut pas "lâcher l'affaire Ripert" : en effet, au-delà de B. Ripert lui-même, le sort fait à notre confrère révèle  des principes sans doute oubliés dernièrement, sur "la défense de la défense" et également, questionne profondément ce que doit être la soldiarité et ce que peut y apporter une organisation syndicale.

Intégrité, intégrisme et désintégration ou le besoin de morale dans la Cité.

Intégrité, intégrisme et désintégration ou le besoin de morale dans la Cité.

« Il faut susciter l’homme de la liberté contre l’homme du destin »

Thomas Sankara, 4 août 1985

 

1/ Devenir de l’identité entre effondrement des anciennes perspectives d’en-commun et illusion individualiste

Politiquement, il y a quelques décennies encore, les choses paraissaient beaucoup plus simples qu’elles ne le semblent aujourd’hui. On se réunissait selon des affinités qui, pensait-on, donnaient des identités politiques remarquables que l’on imaginait immuables : socialistes, communistes, anarchistes, catholiques, royalistes…et qui trouvaient dans le cadre de la démocratie bourgeoise une sorte d’agora où les uns et les autres s’ajustaient tant bien que mal afin de tendre au même consensus implicite qui était le maintien du cadre démocratique, qui est, en France, intimement lié au cadre républicain. Bon gré mal gré, le système fonctionnait donc comme tout système « sain », c'est-à-dire, dans le but de sa propre préservation –nonobstant   les crises de surproduction et les guerres (« nonobstant » parce que longtemps nos intellectuels les plus éminents parmi les non-marxistes ont pu penser que crises et guerres étaient des aléas qu’il fallait subir mais que ces aléas n’entameraient pas le projet initial).

Que les pires voies aient pu être empruntées à cette fin n’invalide pas l’objectif initial, mais aboutit en revanche à ce que cet objectif ne puisse plus jamais être atteint, et le système tel que nous le connaissions jusqu’alors est entré en voie de désintégration complète, ce dont nous avons la preuve chaque jour, par cent exemples différents.

Cette désintégration manifeste, c’est ce qui nous donne quotidiennement l’impression de vivre au royaume du Père Ubu.

Avec la désintégration du système se désintégraient les anciennes identités politiques. Parallèlement à la perte des identités politiques se développait une crise de l’identité « tout court » qui touchait les individus en tant que tels.

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"As long as we're together, the rest can go to hell""

Il nous a accompagnés pendant des décennies.
 
C'est la fin du "Mâle au féminin" comme l'appelait Gainsbourg. Mais les poètes ne meurent jamais. Lui qui ne cessa jamais de créer.  Son génie résistera même à cette nouvelle tentative d'institutionnalisation, il était création pure, talent et imagination sans limite, rétif à tout encadrement, en prise avec le temps présent, visionnaire, irrécupérable, underground et borderline même après l'embourgeoisement, privilège des grands artistes. Libre pour toujours. Jusque dans son dernier album, magnifique testament.
Bon voyage dans les étoiles, Major Tom.


"I've nothing much to offer
There's nothing much to take
I'm an absolute beginner
And I'm absolutely sane
As long as we're together
The rest can go to hell
I absolutely love you
But we're absolute beginners
With eyes completely open
But nervous all the same "

 

https://youtu.be/r8NZa9wYZ_U

 

A La Bonne Bière

Un verre de bière posé sur le comptoir
Le col blanc de mousse a lancé son au-revoir.
Dans le noir, le verre attend les lèvres du buveur.
Happy hour, il est l'heure.
It's time, Sir.
A côté de ce verre, Le Parisien chiffonné
Feuilles éparses, sucre renversé.
La machine à café clignote des diodes éperdues
Une tasse s'ennuie seule, vide de breuvage
Tout semble s'être figé comme dans un ravage.
Il fait froid.
Sur un fauteuil renversé, un gilet de laine blanche
A qui étaient les bras qu'on passait dans ses manches?
Sur la banquette en velours, une besace de cuir fauve
Sur quelle épaule rieuse était-elle posée?
Les pieds des chaises en l'air
Comme des jambes enchevêtrées.

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