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Cessez d'en appeler à Rabelais pour légitimer le harcèlement sexuel !

Combien de fois entend-t-on plaider dans les tribunaux, en défense de personnes (quasi-exclusivement des hommes) accusées de harcèlement sexuel, notamment sur le lieu de travail, qu'on est "désolé", qu'on "ne voulait pas blesser" (comme si cela suffisait à régler son compte à l'intention délicteuse), qu'on a "seulement" pensé faire "de l'humour", des "plaisanteries"...

A croire qu'en plus d'être (forcément) des menteuses, des comploteuses, des arrivistes...(ce que l'on entend également trop fréquemment), les femmes qui osent porter plainte pour harcèlement sexuel à l'encontre d'un collègue ou d'un supérieur hiérarchique, seraient, en plus , des êtres dépourvus de cette belle chose que l'on appelle "le sens de l'humour".

C'est surprenant de constater comment des hommes bien mis, sûrs d'eux, qui n'auraient pas souffert la moindre contestation de leur pouvoir hiérarchique ou de leur pouvoir décisionnaire, qui sont même parfois habitués à circuler dans des sphères de pouvoir où les échanges professionnels sont tout sauf "témpérés", des hommes qui ont su, souvent, faire preuve d'un orgueil sans borne, dans leur vie professionnelle, et à l'égard de leur(s) victime(s), se hâtent de se faire passer pour les plus gros balourds, les plus gros maladroits de la terre, dans le but d'atténuer leur responsabilité pénale, voire, d'y échapper.

On voit alors  à la barre des patrons, des élus, des chefs de service... venir expliquer, presque en rampant, eux, si peu habitués à être mis en demeure de s'expliquer et de répondre de leurs actes, tout couverts d'une humilité feinte, que finalement, les victimes se sont trompées, qu'il y a méprise.

Ils ne sont pas M. X, chef de service puissant, diplômé, éduqué, d'une administration, d'une entreprise...non! Vous ne le saviez pas, mais ce sont des Bidochon. Des pauvres types qui ont la plaisanterie leste, qui voulaient seulement "compter  fleurette", qui sont familiers, des braves gars accoudés au comptoir au café du commerce qui ont eu un moment d'égarement, qui voulaient être "cool".

Ou, plus évolué, ce sont de simples admirateurs de Rabelais et de sa truculence, des descendant directs de l'illustre Henri IV, de grands amoureux de La Femme et de La Vie, en fait. Incompris. Injustement poursuivis.

Pour un peu, tiens, ce serait presque la faute de leurs collaboratrices, de leurs employées, avec leur joli sourire, leurs jolies robes, leurs plaisanteries entre collègues, qui les auraient induits en erreur...

N'y aurait-il eu que des "blagues salaces" ou des "plaisanteries graveleuses", le harcèlement sexuel (qui est une agression) serait constitué matériellement.

On ne le dira jamais assez, oui, les femmes doivent pouvoir travailler, dans tous les milieux, avec tous types de collègues, sans avoir à subir ce type de remarques, d'actes, d'agressions, verbales ou physiques.

"L'humour" a bon dos dans ce genre de cas, et non, "l'esprit français", auquel il est fait si complaisamment appel dans ce genre de dossier, présenté comme volontiers "égrillard"... n'a rien à voir avec ce genre d'agression.

Et à supposer que certain-e-s qui me lisent estiment que promettre une fessée, ou proposer une promotion en échange d'un acte sexuel, ou inciter une collaboratrice à porter des strings ou à remonter sa jupe... serait de "l'humour" (ce que je conteste car je peux vous dire que je vois surtout vu mes clientes pleureur, se rendre malades, et pas rire), et bien " l'humour", on a aussi le droit de choisir avec qui on le partage, surtout sur le lieu de travail, surtout de la part d'un supérieur hiérarchique dont votre poste, votre salaire, dépendent.

Non, on n'est pas obligé de le subir continuellement, cet "humour" s'il nous déplaît et qu'il nous donne le sentiment d'être agressé lorsqu'il touche à des éléments de définition ou d’identité de la personne: identité sexuelle, origine sociale ou origine ethnique par exemple.

On peut rire de tout (si on veut - on n'est pas obligé), mais on n'est pas obligé d'en rire avec tout le monde, n'importe-où, encore moins avec n'importe-qui. Sachant que pour moi, il est très clair, que ces propos ne sont en rien de l'humour: la prise de distance n'y est pas, le verbe est agressif, le lieu ne s'y prête pas, le récepteur du message n'est pas sur la "même longueur d'ondes"... (et tiens, essayez donc un peu de balancer un caricature de votre boss pour voir si il apprécie tant que ça  l'humour dans l'entreprise...)

Aussi, Mesdames, répétons-le: lorsque vous êtes confrontées au travail à des remarques sexistes, sexuelles, des tentatives de d'humiliation , des gestes ... qui reviennent un peu trop fréquemment, de la part d'un collègue ou d'un supérieur, surtout si vous lui avez clairement fait comprendre que vous n'aviez pas gardé les cochons ensemble, alertez-en : la DRH, les syndicats et/ ou les représentants du personnel. S'il le faut également, après avoir vérifié avec un avocat ou une association comme l'AVFT que votre dossier "tient la route", portez plainte.

Ce type de pratiques doit cesser.

Je dirai un dernier mot sur ce sujet, relativement à ce que, trop souvent encore, on lit dans les PV d'audition de victimes des questions de certain-e-s OPJ :

-"Vous habilliez-vous sexy pour aller au travail ?" (quand bien-même. C'est une autorisation à l'agression, ça, une "jupe sexy"?)

-"Lui avez-vous laissé penser que vous appréciez ses compliments?" (ah. "J'adore tes gros nichons", c'est un compliment ça?).

-"Ses remarques vous faisaient-elles plaisir?" (oui super, j'adore qu'on me dise qu'on "me pèterait bien le cul" à 8h30 du matin à la machine à café, c'est pour ça que je porte plainte d'ailleurs....).

La palme de ces dernières années revenant à un OPJ demandant - PV d'audition à l'appui (il s'est cité, oui oui....)- à une plaignante lui disant qu'elle était " contente qu'on (la) prenne enfin au sérieux" : "...qu'on vous prenne tout court?".

Je l'ai fait encadrer celui-là...

Pourquoi lit-on de telles choses de la part de trop nombreux représentants des forces de l'ordre pendant l'enquête?

Principalement parce qu'ils sont aculturés à une forme de soumission de la femme, à la culture du viol, à la domination masculine, trop habitués, de ce fait, à remettre d'abord la parole de la victime en doute (c'est fou ce que soudainement, dans les affaires d'agressions sexuelles, la présomption d'innocence du mis en cause leur revient à l'esprit, quitte à se transformer d'emblée en présomption de culpabilité de dénonciation mensongère à l'encontre de la victime...), parce qu'intoxiqués à l'idéologie patriarcale et machiste qui irrigue encore bien trop notre société et aussi, parce qu'ils ne sont, la plupart du temps, pas du tout formés à recevoir les plaignantes d'agressions sexuelles. Et c'est regrettable.

De même, les Parquets pourraient faire un "léger" effort dans la manière dont ils dirigent les enquêtes dans ce type de dossier. On voit beaucoup trop de choses curieuses, ou franchement incompréhensibles ainsi par exemple, poursuivre des faits relevant de la qualification d'agression sexuelle au titre d'un harcèlement sexuel ... (pour ne rien dire des réquisitions quand l'affaire est renvoyée devant le tribunal).

Bref, Madame La Ministre de la Justice, Monsieur le Ministre de l'Intérieur, de ce point de vue, je vous l'assure, notre état est préhistorique ,il y a un énorme travail à faire.

D'autant que, comme son nom l'indique, le harcèlement n'est jamais "gratuit", et il a bien souvent toujours le même but: contraindre la victime du harcèlement, le cas échéant, à céder face à une demande d'acte sexuel. Comme la torture permettant d’extorquer des aveux, le harcèlement sexuel permet souvent d’extorquer une apparence de consentement de la part de l'agresseur. De passer donc, du harcèlement à l'agression, voire, au viol, avec des victimes traumatisées, sous emprise, qui se figeront dans la honte d'avoir fini par "céder".

Or, comme le disait si justement Nicole Claude-Mathieu: "Céder, ce n'est pas consentir".

C'est également ce que dit la Convention d'Istanbul ratifiée par la France et entrée en vigueur le 1er janvier 2015.

Le consentement, ce n'est pas quand on se tait; c'est quand on dit OUI, explicitement.