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Loi « Renseignement » : Français, renseignez-vous !

Loi « Renseignement » : Français, renseignez-vous !

Depuis quelques jours un sondage circule dans les médias, selon lequel « 63 % des Français » seraient « favorables à une limitation de leurs libertés individuelles sur Internet au nom de la lutte contre le terrorisme ».

Passons sur le fait que transformer « 63% de 997 personnes interrogées » en « 63% de 66,03 millions  de Français » est une opération magique qui me fera toujours sourire.

Passons sur le fait que nous avons bien compris qu’au nom de « la lutte contre le terrorisme » on peut faire avaler à peu près n’importe quoi à à peu près n’importe qui, à coup de… terrorisme intellectuel.

Mais arrêtons-nous sur la question réellement posée aux 997 sondés : « Pour lutter contre le terrorisme, seriez-vous favorable ou défavorable à des mesures renforçant la sécurité quitte à limiter vos libertés individuelles sur internet, par exemple en surveillant les données de navigation de tous les internautes? ».

Cette question est d’abord mal posée et inexacte (c’est à dessein, évidemment). Il ne s’agit en effet pas « seulement » pour le projet de loi de « surveiller les données de navigation de tous les internautes ».

Par ailleurs, la réponse à la deuxième question posée dans ce sondage, et dont étonnamment, on n’a pas fait autant de « foin » est éclairante quant à la portée qu’il convient de donner à la première réponse.

En effet, si « deux tiers des Français » (sic) « ont entendu parler du projet de loi relatif au renseignement », « seul un sur trois » voit « bien de quoi il s’agit » ! Amusant non ? On demande leur avis à des gens sous-informés, sinon, désinformés qui disent eux-mêmes n’y rien connaître.

Le véritable miracle de ce sondage, il est donc bien là. "On" sonde des personnes qui soit ont une connaissance en droit et/ou en informatique insuffisante pour comprendre réellement de quoi il s’agit, soit, carrément, qui n’ont pas entendu parler du texte. C’est un sondage qui est donc parfaitement à l’image de la société dans laquelle nous vivons : même si vous n’y connaissez ou n’y comprenez rien, vous pouvez donner votre avis et il sera « autorisé ». Si nous le voulons.

Miracle de la démocratie d’opinion : « on » (un institut de sondage détenu uniquement par un puissant, M. Bolloré, et un "journal en ligne") justifie un projet de loi d’une grande complexité, controversé sinon décrié par de nombreux professionnels qui eux, connaissent le projet de loi et s’y connaissent (soit en droit, soit en nouvelles technologies, soit dans les deux), par exemple, des magistrats, des avocats, des institutions, des informaticiens, des fournisseurs d’accès… représentant à eux seuls bien plus que 997 personnes, par l’avis de 63 % de 997 personnes à peu près néophytes ou ignorantes qui ne connaissent pas le projet de loi ou n’y comprennent pas grand- chose (et pour cause).

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Défendre une partie civile dans un procès de violences faites à une femme

Je sais que d’emblée le titre de ce billet choquera nombre de confrères ou de magistrats.

Le terme de « défense » est traditionnellement réservé aux avocats des prévenus ou des accusés.

Cette conception des choses repose sur le fait que seuls les mis en cause par le ministère public sont poursuivis par l’Etat et qu’il n’y aurait qu’eux à défendre dans un procès pénal, les parties civiles étant les victimes, elles n’auraient besoin que d’être assistées et représentées dans leurs « demandes », pas d’être « défendues ».

Je crois qu’en matière de délinquance ou de criminalité sexuelle, le point de vue est un peu court.

Il y a bien des intérêts spécifiques à défendre du côté des victimes, qui ne sont pas pris en charge par l’accusation et qui ne s’y résument pas.

Il y a bien une défense des parties civiles à assumer pour leur avocat.

Il y a une défense de la parole de la victime.

Cette défense est rendue nécessaire par la mise en cause presque immédiate de la parole de « l’accusatrice », par les difficultés insensées que rencontrent trop souvent les victimes de violences, d’agression sexuelle ou de viol à faire valoir leur point de vue du côté de l’accusation. Cela est peut-être encore plus vrai lorsque ce sont des notables ou des personnalités politiques de premier plan qui sont mis en cause.

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De la "Génération Les Nuls" à la génération nullissime. Ma génération (sur les jours du 7 au 11 janvier 2015)

De la « Génération Les Nuls » à la génération nullissime (ma génération).

 

J’ai « fêté » mes 40 ans ce tragique 7 janvier.

Le 7 janvier c’est notamment mon anniversaire, c’est aussi Noël pour les chrétiens orthodoxes, entre autre.

C’est désormais également une date terrible, maculée de sang, de haine et de confusion.

La date à laquelle le monde entier découvre « Charlie Hebdo » ou en tout cas ce qu’on en donne à voir.

Une date qui marquera l’ouverture de la boîte de Pandore, à laquelle il faut ajouter également celle du 9 janvier.

Autant le dire de suite : si je suis allée flâner, un peu « groggy », aux rassemblements spontanés, je n’ai pas participé à « la marche ».

Ni par mépris des autres qui ne pensent pas comme moi, ni par cynisme, ni parce que j’aurais pu me réjouir de ce qui était arrivé…

Non.

C’est précisément l’inverse.

J’étais trop mal et trop atteinte par tout ce qui s’était passé depuis le 7 janvier, trop hantée par toutes les victimes (même, aussi, celles qui ne sont pas mortes et qui sont des dizaines de millions….) , trop préoccupée par les sombres lendemains qu’appelleraient inévitablement ces actes qui m’ont figée dans mon humanité…pour avoir envie de partager mon deuil, ma douleur, ma colère, mon angoisse avec des gouvernants que nous savons tous être des hypocrites, des étouffeurs de liberté, des suppôts des marchands d’armes et des semeurs de troubles planétaires.

Je choisis quand, comment et avec qui je pleure un mort, je choisis avec qui psalmodier le kaddish ou fredonner le requiem, entendre la récitation d’un verset, je choisis avec qui brûler un cierge, avec qui me recueillir, Dieu ou pas ; je choisis avec qui rire, même très amèrement, de l’ironie cruelle, du destin fatal ; je choisis avec qui me saouler pour oublier que j’ai trop mal...

C’est mon orgueil, ou plus exactement, ma dignité. Une chose précieuse que je ne me laisserai pas voler.

Et clairement, ce n’était pas avec « ceux-là » qui eurent l’outrecuidance de marcher devant « nous » (même si je n’y étais pas et que je ne m’y reconnais pas, je suis quand même part de ce « nous ») à bonne distance d’un cordon de sécurité impressionnant, que je voulais faire tout cela.

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Cessez d'en appeler à Rabelais pour légitimer le harcèlement sexuel !

Combien de fois entend-t-on plaider dans les tribunaux, en défense de personnes (quasi-exclusivement des hommes) accusées de harcèlement sexuel, notamment sur le lieu de travail, qu'on est "désolé", qu'on "ne voulait pas blesser" (comme si cela suffisait à régler son compte à l'intention délicteuse), qu'on a "seulement" pensé faire "de l'humour", des "plaisanteries"...

A croire qu'en plus d'être (forcément) des menteuses, des comploteuses, des arrivistes...(ce que l'on entend également trop fréquemment), les femmes qui osent porter plainte pour harcèlement sexuel à l'encontre d'un collègue ou d'un supérieur hiérarchique, seraient, en plus , des êtres dépourvus de cette belle chose que l'on appelle "le sens de l'humour".

C'est surprenant de constater comment des hommes bien mis, sûrs d'eux, qui n'auraient pas souffert la moindre contestation de leur pouvoir hiérarchique ou de leur pouvoir décisionnaire, qui sont même parfois habitués à circuler dans des sphères de pouvoir où les échanges professionnels sont tout sauf "témpérés", des hommes qui ont su, souvent, faire preuve d'un orgueil sans borne, dans leur vie professionnelle, et à l'égard de leur(s) victime(s), se hâtent de se faire passer pour les plus gros balourds, les plus gros maladroits de la terre, dans le but d'atténuer leur responsabilité pénale, voire, d'y échapper.

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Propositions Darrois, Macron , Le Bouillonnec... les avocats ont-ils encore le choix d'échapper à l'action collective pour défendre l'accès au droit et l'exercice de leur profession ?

 

Ce billet n'a pas la prétention d'aborder, aujourd'hui, exhaustivement, le fond du débat sur la réforme des professions juridiques, l'aide juridique....

Plus exactement, il va aborder ce sujet d'un point de vue assumé et revendiqué (généralement honni et mal vu ;)) qui est celui de la défense corporatiste.

C'est peu dire que nous, #avocats, ne sommes pas des animaux collectifs par nature.

Sans parler des disparités importantes dans la profession même (intérêts divergents voire carrément opposés entre Paris/ province, petits/gros, structures/individuels, conseil/contentieux,  etc), nous sommes (parait-il) par essence individualistes, indépendants, francs-tireurs etc.

Ce n'est pas faux.

Seulement voilà. La composition sociale et sociologique des #Barreaux a profondément changé, y compris dans les grandes villes. Et ce changement induit d'autres changements.

A Paris, près de 25 % de ce que j'appelle des #avocards, des "avocats- SMICards", et ce sans que ce soit péjoratif ou méprisant. Sans que cela dise quoi que ce soit de leurs capacités, de leurs talents, de leur désir de bien faire (et de leur succès à faire bien d'ailleurs, et c'est même tout le sujet...).

L'ignorer serait une redoutable erreur de perspective.

D'exercice #libéral, de plus en plus, nous passons, pour une bonne partie d'entre nous, à ce qui s'apparente en réalité à une auto-exploitation, parfois forcenée, qui prend même pour de nombreux confrères, fréquemment, le visage d'un parcours du combattant renouvelé chaque semestre, pour tenir le cabinet debout, sans, cependant, sacrifier nos principes, nos dossiers, nos capacités et nos talents, en tentant de préserver notre amour de cette profession, notre vocation à servir le justiciable (oui, vous, là, qui me lisez peut-être...), notre désir d'être partie prenante de ce que l'on doit appeler "la Justice" dans une société moderne, démocratique, et aussi un peu, sans sacrifier totalement ni sa santé ni sa famille (de plus en plus difficile).

Une fois que nous avons (en nous -mêmes, pour commencer, sans doute) tordu le cou à l'idée que, si tu n'as pas de Rolex à 50 ans, tu es un avocat qui a raté sa vie, et que l'on peut regarder les choses autrement qu'en mesurant la qualité professionnelle à l'aune du revenu annuel (même si plus de revenu facilite grandement la mise en oeuvre effective du talent et de la passion, il ne les remplace pas ;)), il faut commencer à réfléchir à notre sort.

Oui, il en va de la qualité de la #justice que tout type de défense puisse exister.

Que l'exercice de la profession ne soit pas uniformisé ni renvoyé aux seules structures plus ou moins grosses employant des collaborateurs "libéraux" qui sont en réalité des salariés est, je pense, une nécessité pour un droit créatif, vivant, adapaté au monde où il vit et agit.

Oui, un barreau fait de "mixité sociale "est une garantie pour le justiciable, pour la justice et pour le droit. A tous points de vue.

Non, nous ne sommes pas tous "faits pareils", nous ne défendons pas toutes et tous ni les mêmes clients, ni les mêmes objectifs, ni les mêmes valeurs....

Et c'est très bien ainsi.

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