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Mme TAUBIRA, l'aide juridique, et la Garde des SOTS....

Madame TAUBIRA,

Avec tout le respect que je dois à votre fonction et que m'impose le port de ma robe, je vous le dis tout net: vous êtes Garde des SCEAUX, nous ne vous laisserons pas devenir la Garde des SOTS.

Vos propositions sur le financement de l'aide juridique sont avant tout le signe évident d'un manque de courage politique dont, hélas, vous n'avez pas l'exclusivité dans ce gouvernement.

Oui je suis une avocate de gauche, syndiquée, de surcroît, non je ne fais pas partie des cabinets que vous désignez aussi démagogiquement à la vindicte du "barreau d'en-bas" (dont je fais, pour le coup, bien partie), oui il y a des différences de revenus insupportables entre "avocats smicards" (près de 20 % au Barreau de Paris) et "avocats millionaires"... Mais jouons cartes sur table: de vous à moi, de ces différences, vous vous moquez comme d'une guigne 364 jours par an.

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A la veille de la journée internationale contre la torture, l'Italie de nouveau condamnée pour violation de l'article 3 de la CEDH

Cela deviendrait presque une mauvaise manie de l'Etat italien d'être condamné pour violation de l'article 3 de la CEDH....

Le 24 juin dernier, la CEDH a en effet rendu une décision circonstanciée condamnant l'Italie pour violation de l'article 3 de la CEDH (« Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ») dans l'affaire qui était soumise à son jugement par le sieur Dimitri ALBERTI, qui se plaignait d'avoir été victime de tels agissements lors de son arrestation par la police, et qui se plaignait également de n'avoir pas bénéficié d'une véritable enquête suite à sa dénonciation de ces actes.

La décision de la CEDH du 24 06 2014 ALBERTI c/ ITALIE, ici.

La Cour condamne l'Italie pour violation de l'article 3 de la Convention "dans son volet procédural et matériel."

Ce qui signifie qu'après avoir estimé que les blessures présentés par M. ALBERTI suite à son arrestation (3 côtes cassées et un hématome aux testicules)  ne relevaient pas de l'usage propotionné de la force...la CEDH estimait encore que l'enquête menée en Italie pour "mauvais traitements", rapidement classée sans suite par le Procureur de la République de Vérone avait été trop superficielle, orientée , partielle, et n'avait même pas entendu le plaignant !

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Roms, boucs-émissaires de tous nos maux...

(Photo Alain KELER)

Cela se sera déroulé Vendredi et nous ne l’aurons appris que Lundi soir.

Peut-être les pouvoirs locaux ou les médias ne voulaient-ils pas gâcher le week-end, ni le match France -Honduras….D’abord la fête ensuite la gueule de bois. D’abord le fric, ensuite, l’humain.

Il a environ 16 ans. Il a été retrouvé vers 23 heures plié en deux, inconscient, brisé de toutes parts, le visage tellement tuméfié que l’on ne peut même plus le regarder sans en avoir la nausée, dans un caddie au bord de la nationale d’une banlieue.

Livré par ses agresseurs comme un de ces produits obsolètes et inutiles dont dégueule notre société de consommation.

Jeune Roumain, et Rom, enlevé dans son campement puis séquestré, battu à mort, torturé, lynché.

Aujourd’hui, pauvre tas de chairs sanguinolentes et boursouflées de coups. Plongé dans le coma. Entre la vie et la mort.

Comme il faut absolument une explication à ce déchaînement de barbarie, comme il faut couvrir l’acte de mots, le discours des médias est déjà assez rôdé : la victime était soupçonnée d’être l’auteur de vols dans les environs de la cité. L’expédition aurait donc été punitive (car il n’y a pas de victime innocente, voyez-vous... Pour ce genre d’agression, l’agresseur a toujours une raison. La raison du plus fort, qui est toujours la meilleure. Vae victis).

A cette heure, on ne sait pas exactement ce qui s’est passé mais le « storytelling » va déjà bon train. Nous n’avons aucune certitude quant à un éventuel « mobile »…s’il peut seulement y en avoir un. Finalement, à ce stade, qui l'a fait, et pourquoi, me semble de peu d'importance. Cela en aura parce qu'il faudra trouver les auteurs de cet acte, et les punir. Mais pour le propos, que ces hommes-là soient français, étrangers, quelle que soit leur religion, quelle que soit leur couleur...Peu importe. La barbarie est, avec l'amour, son strict opposé, le seul domaine où nous soyons tous et toutes égaux, où nous nous ressemblons toutes et tous quand nous nous y livrons.

Des mots ?

Les seuls légitimes seraient ceux de la victime elle-même, qui raconte ce qu’elle a vécu. Qui soient à même de décrire la peur, la panique, la terreur. La douleur atroce. La souffrance. La folie qui vous guette dans ce genre de moments où vous comprenez que vous êtes foutu, où vous vous savez à la merci de la barbarie de vos agresseurs. Où vous comprenez que personne ne viendra vous sauver de cet enfer. Ce moment où vous pensez que vous allez mourir et puis où, sous la violence des coups, vous ne pensez plus du tout, car votre cerveau baigne dans ses hématomes. Noir. Rideau.

Il faudrait le son. Le son des cris qui supplient… « Pitié, pitié, je vous en supplie, je vous en prie, par pitié, stop, assez… », en français, en roumain...peu importe car aucune langue ne peut être comprise par la barbarie. Le son des hurlements de douleur. Le son des râles de souffrance, du corps qui est saturé de souffrance. Le son des coups. Le son des rires de ceux qui cognent peut-être. Des «encouragements » , pourquoi pas (c’est fréquent dans les agressions ou les viols en réunion), aux plus timorées, ceux qui face à l’horreur, se sentent reculer, n’osent plus, balancent entre perdre la face et perdre pied… « Vas-y, défonce-lui la gueule à cette merde », « Ca, ça va lui passer l’envie de recommencer…. »…Le son des insultes. Le son des os qui se brisent, des organes qui éclatent dans un bruit mat.

Il faudrait des odeurs. L’odeur de la peur. L’odeur de l’urine et de la défécation de la victime, prise de panique, de terreur, l’odeur du sang, mêlée à la sueur des agresseurs qui s’échauffent à frapper. L’odeur de la cave, renfermé, humidité, poussière…

Il faudrait des images. Des images à vous faire comprendre ce qui s’est vraiment passé. La réalité que recouvrent  cet enlèvement, cette séquestration,  ce lynchage. Il faudrait les images du visage explosé, la lèvre ouverte qui pend sur la joue, le nez écrasé et plein de sang coagulé, la paupière énorme, bleue, l'œil aveugle…des images du corps brisé, couvert de bleus, de plaies… Il faudrait aussi l’image des visages de ceux qui frappent. Des visages non pas bestiaux, car des animaux sauvages ne font pas des choses pareilles, mais des visages démoniaques d’hommes ivres de barbarie collective, déformés par des rictus de haine, les yeux exorbités de violence…

Ont-ils seulement enlevé leurs cagoules pour le battre à mort ?

Mots de la victime, sons, odeurs, images…vous n’aurez rien de tout cela.

Vous aurez, nous aurons, nous avons des discours. Des indignations vertueuses de la part des éternels pompiers pyromanes. Des discours qui commencent à filer la trame d’une histoire. D’un « fait divers » dans la mal-nommée « cité des poètes ». D’un début de justification. Du début de l’idée d’une légitimation….

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#IOSTOCONERRI

"Qui te retient, qui t'empêche de reconnaître ton enfant muet dans le vieux monsieur que tu regardes emprisonné dans une vitre d'autobus?"(Erri de Luca)

 

#IOSTOCONERRI

Erri De Luca : « Le devoir moral de désobéissance existe »

Chantier titanesque, le TGV Lyon-Turin suscite la colère des écologistes des deux côtés de la frontière. Les habitants du val de Suse, en Italie, sont mobilisés depuis des années contre ces travaux qui impliquent le percement d’un tunnel de 57 km entre Suse, dans le Piémont, et Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie. Maintes fois repoussé, ce projet de transport mixte, fret et voyageurs, a été lancé en 1991, acté dans un traité international en 2001 et longtemps ajourné faute de financements. L’ensemble devrait coûter 25 milliards d’euros, dont 8,5 pour le tronçon international. Sur cette partie, les travaux sont menés par l’entreprise Lyon Turin Ferroviaire (LTF), qui dépend de Réseau ferré de France et de Rete Ferroviaria Italiana.

L’écrivain italien Erri De Luca a pris fait et cause pour les riverains du val de Suse dans leur combat contre le percement du tunnel. Ancien militant du mouvement d’extrême gauche Lotta Continua dans les années 1970, Erri De Luca est l’auteur de nombreux livres, essais, chroniques, romans et nouvelles dont l’un, Montedidio, a reçu le prix Femina étranger en 2002. Son dernier roman, Le Tort du soldat, vient de paraître chez Gallimard. Le 1er septembre 2013, il a déclaré sur la version italienne du site Huffington Post que les travaux du TGV devaient être sabotés. Une plainte a été déposée par LTF, qui a abouti à la mise en examen de l’écrivain, le 24 janvier.

"Les travaux du TGV Lyon-Turin provoquent une résistance importante dans le val de Suse. Pour quelles raisons ?

D’abord, la montagne est pleine d’amiante et de pechblende, un matériau radioactif que le percement d’un tunnel sur des dizaines de kilomètres risque de mettre à l'air libre.

Surtout, ces travaux sont essentiellement destinés à drainer des fonds publics vers les entreprises qui s’en mettent plein les poches, alors qu’il existe déjà une ligne traditionnelle, utilisée à moins de 20 % de ses capacités. L’Italie est pleine de chantiers abandonnés, des ponts, des routes, des hôpitaux… Il y en a des centaines. D’une certaine façon, ces chantiers-là se sont autosabotés. C’est un modèle de développement. N’oubliez pas que l’Italie est le pays le plus corrompu d’Europe.

Où en est le chantier ?

Depuis 2008, le chantier du TGV est militarisé et les habitants doivent présenter leurs cartes d'identité pour aller travailler dans leurs vignes. Le gouvernement a levé une armée contre la population locale, qui est entrée en résistance voilà des années. Une forme de répression à l’ancienne. Au moins mille personnes ont été poursuivies dans ce cadre. Par exemple, pour avoir coupé des filets de protection du chantier, placés par la LTF dans des zones communales où il était illégal de les installer. Et maintenant, quatre d’entre eux ont été arrêtés pour « terrorisme », après avoir été accusés d'avoir endommagé un compresseur sur le chantier. A Turin, une équipe de magistrats ne s’occupe que de cela. Ils se comportent comme les chiens de garde de la LTF. 

A Gênes aussi, en 2001 [après les émeutes lors du sommet du G8], des centaines de personnes avaient été arrêtées par la police, mais les juges les avaient relâchés. Là, ils font le métier des policiers… Mais les habitants du val de Suse sont solidaires. En février, ils se sont cotisés pour payer l’amende infligée au chef de file des résistants, Alberto Perino. Le val de Suse est devenu une affaire nationale. Et une cause pour la vraie gauche italienne, celle de la base, des centres sociaux, et de quelques petits partis comme le mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo, ou Sinistra e Libertà (SEL). C’est la plus puissante et la plus robuste des luttes populaires qui existent en Italie actuellement.

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