Violence en manifestation : deux cégétistes relaxés

Par 28 juillet 2016 à 16:37

Deux militants CGT soupçonnés d'avoir jeté des projectiles sur les forces de l'ordre lors de la manifestation du 14 juin contre la loi travail, à Paris, ont été relaxés de ces faits, mercredi. De quoi conforter le syndicat qui dénonçait des dossiers «vides de preuves» et une «volonté politique de criminaliser l’action syndicale».

«Vous avez entendu le parquet ? Rien. Pas un mot.» Mercredi, après le réquisitoire du ministère public, s’en remettant, sans demander de peine, à la «sagesse» du tribunal, Me Agnès Cittadini, l’avocate de Cédric C. a presque du mal y croire. Quelques heures plus tard, son client, un délégué syndical soupçonné de violences contre les forces de l’ordre lors de la manifestation parisienne contre la loi travail du 14 juin, est finalement relaxé par la 23ème chambre correctionnelle du Tribunal de Paris. Tout comme un autre cégétiste, Loïc C., accusé des mêmes faits.

Un «pacificateur»

Lors de cette journée de mobilisation nationale, de nombreux syndicalistes de toute la France avaient rejoint le cortège parisien. Dont Cédric C. et Loïc C., qui déambulaient sous les couleurs de la CGT, celle de la fonction publique territoriale de Saint-Etienne pour le premier, et des dockers du Havre pour le second. Jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés puis placés en garde à vue. Six semaines plus tard, les drapeaux rouges sont à nouveau de sortie à quelques pas du tribunal. Une centaine de syndicalistes sont venus dénoncer la «criminalisation de l’action syndicale», en attendant l’épilogue de ces deux procès au cours desquels accusations contre les prévenus et condamnations de l’attitude des forces de l'ordre n’ont cessé de s’entrecroiser.

Venu de Loire, où il est élu de la ville de Sorbiers et agent territorial à Saint-Etienne, Cédric C., 39 ans, explique être un habitué des manifestations qu’il encadre régulièrement dans son département. L’homme est même décrit comme un «pacificateur» par Me Agnès Cittadini, en charge de sa défense. Pourtant, les policiers qui l’ont interpellé le 14 juin décrivent un tout autre personnage. Soit le profil d’un individu qui aurait jeté un fumigène dans leur direction, puis enchaîné «coups violents» et insultes en arabe, lors de son interpellation. Problème : à la barre, le syndicaliste précise ne pas parler cette langue et réfute tout jet de fumigène. Vidéo à l’appui, son avocate démonte, minute par minute, les versions «impossibles», «pas crédibles», «incohérentes», «dans la surenchère» des CRS. Sur les images, elle montre son client en train de protéger un manifestant grièvement touché à la nuque par un projectile. D’où sa conclusion : «On a des agents interpellateurs qui mentent.»

 

Versions divergentes

Autre grief : les violences exercées sur son client et leurs conséquences. Soit de nombreuses ecchymoses et plaies, et trois jours d’incapacité temporaire de travail. Suffisamment d’éléments pour qu’il porte plainte contre les CRS s’il le souhaite, estime l’avocate qui se félicite d’avoir pu présenter cette vidéo. «Il était sur une zone sensible de la manifestation où se trouvaient beaucoup de médias, il a eu de la chance. Pour ceux qui ne peuvent compter sur de telles images, cela s’avère plus compliqué de se défendre.» Quant à la CGT Services publics, elle se réjouit de la relaxe de son délégué dont l'«innocence et le caractère abusif de son arrestation et de la procédure judiciaire sont ainsi reconnus».

Un peu plus tôt, Loïc C., le docker du Havre et syndicaliste CGT de 33 ans, était, lui aussi à la barre. Ses fautes présumées : avoir lancé des projectiles aux forces de l’ordre et fait preuve de rébellion lors de son interpellation. Dans son procès-verbal, un CRS raconte comment, en fin de manif, les policiers auraient été pris à partie par une centaine d’individus. Dont l’accusé. Mais la version de Loïc C. diverge sur plusieurs points. Le syndicaliste assure ne rien avoir jeté sur les CRS, alors qu’il se trouvait dans un cortège coupé en deux par les forces de l’ordre qui lançaient des fumigènes et de la lacrymogène sur les manifestants.

«Déluge de violence»

«Ils étaient en train de rejoindre tranquillement leur car. […] Les forces de l’ordre ont agressé ce cortège», enchaîne son avocate, Me Elodie Tuaillon, décrivant un usage de la force «illégal» et un «déluge de violence, non pas de la part de Loïc C., mais des forces de l’ordre». Un cas non isolé selon l’avocate qui rappelle que, au cours des derniers mois, plusieurs «accusations assez graves à l’encontre de la France dans sa gestion du maintien de l’ordre des manifestations» ont été formulées. Avant d’enfoncer le clou : «Les forces de l’ordre sont soumises à une pression déraisonnable. Elles font des erreurs et se débarrassent du bébé devant la justice.» Un argumentaire pas vraiment du goût du ministère public pour qui «la rébellion est inacceptable dans un état de droit. Nous ne sommes pas dans un pays où l’on pratique l’interpellation arbitraire.» Relaxé pour les faits de violence, Loïc est finalement condamné à un mois d’emprisonnement avec sursis pour s’être rebellé. Une «peine d’avertissement», explique la juge.

De quoi redorer le blason du syndicat de Philippe Martinez, dont la responsabilité et l’attitude «ambiguë» avaient été pointées du doigt, dès le lendemain du défilé du 14 juin qui avait fait 28 blessés du côté de la police et 11 du côté des manifestants. Dans un communiqué publié le jour du procès, la CGT dénonce la «volonté politique de criminaliser l’action syndicale». Mais aussi «des procès contre les militant-es [qui] se sont multipliés dans la dernière période», avec «quasi systématiquement», des poursuites du parquet, même si «les dossiers étaient vides de preuves».

Amandine Cailhol
 

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