"Michel, coulé par sa banque "

Valérie Gozdik
(L'Humanité, 20 mars 2013)
 

Croulant sous les dettes et menacé d’expulsion, Michel Madec demande au Crédit mutuel de Bretagne (CMB) de reconnaître sa responsabilité. Il entame son quinzième jour de grève de la faim.

Carhaix (Finistère), correspondance. Une grande carcasse déjà bien émaciée par le jeûne vient ouvrir la porte du petit appartement dans le centre de Carhaix (Finistère). Immédiatement, l’entrain de Michel Madec contraste avec la gravité de sa situation. Mais il ne veut pas que l’on se méprenne : « Je suis soulagé depuis que j’ai entamé ma grève de la faim. Depuis 2009 et l’aggravation de ma situation financière, je vis quasiment reclus, j’ai coupé les ponts avec plein de monde. Je n’ai plus de vie. Aujourd’hui, enfin, je n’ai plus honte de raconter mon histoire. J’aimerais qu’elle serve de leçon à tous ceux qui crèvent à petit feu dans l’indifférence. Ma démarche n’est pas suicidaire, c’est un acte politique. »

Conseillé jusqu’à la faillite

L’histoire de Michel pose une question : comment un adulte qui perçoit une simple pension d’invalidité (moins de 700 euros) a-t-il pu souscrire autant de crédits et les enchaîner, conseillé par une banque, jusqu’à la faillite ? Si Michel n’est pas le dernier à payer une tournée générale lors des périodes fastes, il avoue pourtant ne pas savoir ce qu’il a fait de cet argent. Un coup d’œil à son appartement ne donne pas de réponse. Le lieu est si brut qu’on pourrait penser qu’il y a emménagé la veille. « À cinquante ans, je n’ai pas de voiture, je ne vais jamais nulle part mais je n’ai jamais maîtrisé la valeur de l’argent. » Les banquiers auraient au moins pu l’aider sur ce dernier point.

 Dès 2005, il pousse la porte du Crédit mutuel de Bretagne pour sortir d’un endettement déjà insupportable. La banque lui conseille alors de vendre sa maison pour solder ses dettes et lui fournit, via un prêt-relais, de quoi réinvestir dans un petit appartement. Mais les crédits revolving qui ont été remboursés sont redevenus des réserves dans lesquelles Michel peut piocher pour supporter une situation financière plus que tendue. Lorsqu’il retourne au CMB en 2008, il est de nouveau surendetté et la banque trouve une autre solution. Elle regroupe tous ses crédits en cours dans un prêt à la consommation, résultat : plus de 60 % de ses revenus partent chaque mois dans les remboursements, sans qu’on lui conseille à l’époque de déposer un dossier de surendettement. Me Élodie Tuaillon-Hibon, l’avocate parisienne qui a pris son dossier en main, pointe déjà du doigt ce chiffre, incontestable, et la responsabilité de la banque. Contactée par téléphone, la direction du CMB semble très occupée… Finalement, une responsable de la communication explique que « le dossier de Michel Madec est suivi personnellement par Jean-Pierre Le Tennier, le directeur, et que le CMB souhaite l’accompagner pour l’aider à clarifier sa situation tout en l’aidant à garder son appartement ». Une réponse automatique qui n’a guère porté ses fruits après quinze jours 
de jeûne.

Une manifestation est prévue ce samedi

En attendant, les copains de Carhaix s’organisent. Il y a ceux qui ont lutté avec Michel en 2008 contre la fermeture de l’hôpital de la ville, il y a aussi les copains du NPA où il a un temps milité. Une manifestation est prévue ce samedi à Carhaix. Certains passent le voir, comme son médecin, inquiet pour sa santé, qui tente de le conseiller. Quand il est en forme, Michel donne des nouvelles sur son blog hébergé par Mediapart. En 2011, le CMB a porté plainte pour diffamation en découvrant ses écrits mais ses deux plaintes ont été classées sans suite. Alors, Michel continue d’informer avec sa plume aussi passionnée que spontanée. Il réfléchit aussi. « J’ai des angoisses métaphysiques face à la mort qui rôde mais au moins maintenant, je ne suis plus tout seul et si je m’en sors, je ne serai plus le même ! »

La plaie des crédits revolving  Fin 2012, 776 000 ménages étaient suivis par la commission de surendettement. Principaux accélérateurs de ces banqueroutes individuelles, les prêts immobiliers, les prêts à la consommation et les frais bancaires sont responsables de dettes qui s’élèvent en moyenne à 38 500 euros. Gros prédateurs de la stabilité financière des ménages, les crédits renouvelables (ou revolving) sont présents dans 75 % des dossiers enregistrés et, même s’ils n’ont pas été interdits, depuis 2010, leur attribution est encadrée par la loi. Pourtant, les banques peinent à revoir leurs pratiques...

Source :

http://www.humanite.fr/societe/michel-coule-par-sa-banque-517788

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