Deux dockers CGT arrêtés au Havre

Fanny Doumayrou  Jeudi, 1 Septembre, 2016  L'Humanité

Alors que le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, était au Havre hier pour relancer le mouvement contre la loi El Khomri, deux dockers ont été arrêtés en lien avec la manifestation du 14 juin dernier.

Le ton est donné : la rentrée sociale est placée sous le signe de la répression syndicale. Hier, au Havre, bastion des quatre mois de mobilisation contre la loi travail au printemps, deux dockers CGT ont été arrêtés au petit matin et transférés aussitôt à Paris, où ils sont détenus depuis. Selon une source proche du dossier, des violences sur des forces de l’ordre ayant entraîné plus de huit jours d’interruption de travail leur sont reprochées en lien avec la manifestation du 14 juin dernier contre la loi El Khomri. L’un des deux dockers, prénommé Loïc, avait déjà été accusé de telles violences et avait comparu le 27 juillet dernier aux côtés d’un agent territorial de Saint-Étienne. Il avait été relaxé de ces faits mais condamné à un mois de prison avec sursis pour rébellion à l’occasion de son interpellation. L’arrestation d’hier ne serait pas liée aux mêmes faits et s’appuierait sur une vidéo entre les mains de la justice.

Les circonstances de cette double arrestation ne manquent pas de surprendre, puisque le parquet de Paris aurait pu se contenter de convoquer les deux dockers. La volonté de frapper les esprits est d’autant plus flagrante que l’interpellation est intervenue le jour où le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, était au Havre pour assister le matin à l’assemblée générale de rentrée des syndiqués CGT de la Seine-Maritime pour remobiliser les troupes, en vue notamment de la manifestation du 15 septembre pour l’abrogation de la loi travail. « Environ 250 syndiqués assistaient à l’assemblée générale lorsque nous avons appris l’arrestation de plusieurs dockers, raconte Gérald Le Corre, l’un des responsables de l’union départementale CGT. La police a choisi de procéder à cette arrestation le jour où Philippe Martinez était au Havre, haut lieu de la contestation contre la loi travail, c’est une menace claire sur la préparation du 15 septembre. » Selon ce militant, l’arrestation fait aussi écho aux déclarations récentes du patron de l’Union maritime et portuaire (Umep), qui regroupe les employeurs du port du Havre.

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Violence en manifestation : deux cégétistes relaxés

Par 28 juillet 2016 à 16:37

Deux militants CGT soupçonnés d'avoir jeté des projectiles sur les forces de l'ordre lors de la manifestation du 14 juin contre la loi travail, à Paris, ont été relaxés de ces faits, mercredi. De quoi conforter le syndicat qui dénonçait des dossiers «vides de preuves» et une «volonté politique de criminaliser l’action syndicale».

«Vous avez entendu le parquet ? Rien. Pas un mot.» Mercredi, après le réquisitoire du ministère public, s’en remettant, sans demander de peine, à la «sagesse» du tribunal, Me Agnès Cittadini, l’avocate de Cédric C. a presque du mal y croire. Quelques heures plus tard, son client, un délégué syndical soupçonné de violences contre les forces de l’ordre lors de la manifestation parisienne contre la loi travail du 14 juin, est finalement relaxé par la 23ème chambre correctionnelle du Tribunal de Paris. Tout comme un autre cégétiste, Loïc C., accusé des mêmes faits.

Un «pacificateur»

Lors de cette journée de mobilisation nationale, de nombreux syndicalistes de toute la France avaient rejoint le cortège parisien. Dont Cédric C. et Loïc C., qui déambulaient sous les couleurs de la CGT, celle de la fonction publique territoriale de Saint-Etienne pour le premier, et des dockers du Havre pour le second. Jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés puis placés en garde à vue. Six semaines plus tard, les drapeaux rouges sont à nouveau de sortie à quelques pas du tribunal. Une centaine de syndicalistes sont venus dénoncer la «criminalisation de l’action syndicale», en attendant l’épilogue de ces deux procès au cours desquels accusations contre les prévenus et condamnations de l’attitude des forces de l'ordre n’ont cessé de s’entrecroiser.

Venu de Loire, où il est élu de la ville de Sorbiers et agent territorial à Saint-Etienne, Cédric C., 39 ans, explique être un habitué des manifestations qu’il encadre régulièrement dans son département. L’homme est même décrit comme un «pacificateur» par Me Agnès Cittadini, en charge de sa défense. Pourtant, les policiers qui l’ont interpellé le 14 juin décrivent un tout autre personnage. Soit le profil d’un individu qui aurait jeté un fumigène dans leur direction, puis enchaîné «coups violents» et insultes en arabe, lors de son interpellation. Problème : à la barre, le syndicaliste précise ne pas parler cette langue et réfute tout jet de fumigène. Vidéo à l’appui, son avocate démonte, minute par minute, les versions «impossibles», «pas crédibles», «incohérentes», «dans la surenchère» des CRS. Sur les images, elle montre son client en train de protéger un manifestant grièvement touché à la nuque par un projectile. D’où sa conclusion : «On a des agents interpellateurs qui mentent.»

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Violences à la manifestation à Paris. Un docker du Havre au tribunal

Un docker du Havre, interpellé lors de la manifestation à Paris, a comparu jeudi 16 juin 2016, en comparution immédiate. Il aurait jeté des projectiles sur les forces de l'ordre.

Deux jours après la manifestation nationale contre la loi Travail à Paris, un jeune docker du Havre (Seine-Maritime), âgé de 26 ans, était jugé en comparution immédiate, jeudi 16 juin 2016, devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il lui est reproché d’avoir jeté des projectiles sur les forces de l’ordre, et d’avoir résisté lors de son interpellation.

Violences et rébellion

Selon son avocate, Me Élodie Tuaillon-Hibon, cette interpellation est « une tentative d’intimidation » à l’encontre des syndicats engagés dans le mouvement social contre la loi Travail.

C’est un homme bien intégré, bien dans sa tête. Un docker du Havre respectueux de la loi et de l’autorité, et habitué des manifestations dans sa ville, où il n’y a jamais de confrontation avec les forces de l’ordre.

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"J'ai pas titubé" : comparutions immédiates après la manif anti loi Travail

Les premières condamnations ont eu lieu ce jeudi après la violente manifestation de mardi contre la loi Travail. Et les militants CGT ont évité le pire.

Deux jours après la violente manifestation nationale contre le projet de loi Travail à Paris, les premières condamnations sont tombées jeudi 16 juin. Mais la CGT, qui comptait deux de ses représentants sur le banc des prévenus, a évité le pire. Le tribunal correctionnel de Paris leur a accordé un contrôle judiciaire, dans l'attente d'un procès au fond renvoyé au mois de juillet. Le procureur de la République avait pour sa part requis leur placement en détention provisoire.

La décision des juges a été saluée par un tonnerre d'applaudissements d'une délégation de militants cégétistes qui avaient suivi les débats et s'étaient rassemblés à l'extérieur du prétoire durant le délibéré pour soutenir l'un d'eux. Il s'agissait du délégué syndical, Cédric C., 40 ans, par ailleurs conseiller municipal communiste de la commune de Sorbiers (Loire) et à ce titre adjoint au maire chargé du cadre de vie.

Il lui est reproché d'avoir commis des violences sur des fonctionnaires de police pendant la manifestation et de s'être rebellé à coups de pieds et de poings lors de son interpellation. Une infraction des plus classiques dans ce type de dossiers, retenue contre la majorité des prévenus.

Quand le procureur a demandé que Cédric C. attende en prison d'être jugé afin "d'éviter une réitération des faits" à l'occasion d'une prochaine manifestation, son avocate, Agnès Cittadini n'en a pas cru ses oreilles : "Il souhaite un délai, a-t-elle plaidé, soulignant que son client présentait "toutes les garanties de représentation".

La présidente du tribunal, Isabelle Goanvic, a consulté les procès-verbaux et, d'une voix appliquée mais fluette, noté qu'il avait une "consommation d'alcool occasionnelle", mais "pas de stupéfiant déclaré". Qu'en était-il le jour de la manifestation ? "Là, j'avais quatre verres de whisky", a précisé Cédric C..

Quatre bières pendant le défilé

A côté de ce déploiement de force militante, Loïc C., 26 ans, docker au Havre depuis onze ans en contrat à durée indéterminée, la barbe de trois jours, le t-shirt noir Adidas déchiré dans le dos et le corps secoué par une tension intérieure visible, se sentait bien seul. C'est un simple militant, sans grade au sein de la centrale syndicale.

L'enquête de personnalité, lue par le tribunal, atteste qu'il vit en concubinage, a deux enfants en bas âge, 2.400 euros de salaire par mois et, lui aussi, une "consommation occasionnelle d'alcool non problématique". Il acquiesce.

La présidente veut savoir quel était son état de sobriété le jour de la manifestation :

"J'ai marché tout le long du trajet. J'ai pas titubé."

Il avait ingurgité quatre bières pendant le défilé, et une ou deux autres avant le démarrage du cortège.

Son casier judiciaire fait état de deux mentions, l'une pour une histoire de recel remontant à 2003 et une autre plus récente (2014) pour usage de stupéfiants.

C'est son avocate Elodie Tuaillon qui lui a obtenu d'être placé sous contrôle judiciaire. "Il n'a jamais songé à fuir la région", plaide-t-elle devant le tribunal, ni la justice, ni ses responsabilités. "Il a hâte de retrouver ses enfants. C'est le pilier de la maison. C'est un membre inséré."

Les deux militants CGT ont en outre l'interdiction de venir à Paris, même pour des vacances, et de quitter le territoire national. Autrement, leur contrôle judiciaire sera levé et ils iront en prison.

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